désincarnés

work in progress

Les préoccupations et les interrogations générales de mon travail tournent autour du corps dans la vie, de la vie dans le corps, de l’enveloppe, de l’insaisissable de la perception, de ce qui échappe, du vide, du plein, du changement d’état…

Il y a une quelques années de cela, je photographiais ma fille en train de regarder la télévision. Ce que j’ai vu sur son visage m’a tellement frappé que depuis je muris un travail autour de ce qui est apparu alors. Aujourd’hui je suis enfin dans le moment où je le travaille.
Cette série sera composée de portraits de personnes regardant un contenu diffusé par un écran (télévision, ordinateur). Je veux saisir les visages désertés de leur esprit. Je veux chercher à attraper les effets visibles des écrans sur l’être humain, à capter comment l’esprit peut être absorbé en dehors de son corps, à traquer ce qui me fascine dans l’observation et la constatation d’un visage vidé de sa vie propre et habité par un un lointain, par un ailleurs. Donner à voir ce qui habite ce visage qui ne semble plus s’appartenir, absorbé par l’écran.

Les portraits sont centrés sur le visage, l’écran est hors champs, pour se fixer uniquement sur ce qui se passe dans ce phénomène de désincarnation. Le fond est neutre car je ne veux pas faire de travail sociologique, je veux amener le regard sur ce qui se passe aux tréfonds de l’humain . Enveloppe désertée, esprit projeté dans un ailleurs dont il n’est pas maître.
Je souhaite également provoquer une friction et un dialogue entre le portrait traditionnel où le modèle pose bien conscient de lui, de ce qu’il donne à voir de sa personne, cherchant souvent à se mettre à son avantage, et ceux que je vais réaliser. Pour ce faire, j’utilise un procédé de portrait classique.